IL FAIT A NOUVEAU NUIT

Il fait à nouveau nuit. Les drones sont de retour. Le bruit n’est plus un bruit. Juste une présence, une folie qui bourdonne au-dessus des têtes.

J’écris à la lueur du téléphone. Il n’y a plus d’hôpitaux dans le nord. Plus de salles, plus de lits, même pas de murs. Seulement cet endroit, un corps mi-fantôme mi-corps.

Accroché à la vie comme ceux qui y entrent.

Pendant des heures, ils ont marché.

A travers les décombres, le silence et la fumée.

Juste pour une bande de gaze, un mot, une chance.

Ils ne viennent pas chercher la guérison. Ils viennent parce qu’il y n’y a plus d’autre endroit où saigner.

Elle, elle avait 37 ans, mais elle bougeait comme si elle était déjà morte deux fois. Les mains fissurées, sanglantes, semblant avoir traversé la fournaise

Les mains usées d’avoir lavé son linge à l’eau de mer.

Parce qu’ici le savon coûte plus cher que la vie.

Parce, qu’elle vit dans une tente dressée entre la mort et le prochain missile.

Je lui ai parlé doucement, comme un mensonge murmuré à un enfant. Je voudrais lui crier « Tu mérites un foyer ». « Tu mérites des mains propres » Mais mes propres mains ne sont pas propres. Je n’ai pas crié.

Je ne suis plus médecin. Je suis témoin. Témoin du lent meurtre de la dignité. D’un pays où la médecine est une cruelle plaisanterie et où la survie est une faute.

Comment soigner un corps quand c’est l’âme qui saigne ?

La mer devrait purifier. Mais ici, elle ronge. Même la mer est lasse.

Ce soir, je vais m’allonger et imaginer un monde ou je n’aurai pas à m’excuser d’être humain.

Mais je ne dormirai pas. Personne ici ne dort vraiment. On ferme les yeux et on attend le prochain cri.

Il fait à nouveau nuit.

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